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Music All

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La référence en matière de comédie musicale française


Les Liaisons Dangereuses: portrait de Kevin Meunier

Publié par Music All sur 3 Novembre 2017, 16:05pm

Catégories : #Nouveautés, #Spectacles, #Portraits

EXCLUSIF. Kevin Meunier s'apprête à livrer "Les Liaisons Dangereuses" au public, une comédie musicale qu'il écrit en collaboration avec Gregory Garell depuis plusieurs années. Ancien membre de l'Ensemble du Bal des Vampires et coach vocal, il nous parle de ses expériences artistiques mais également du casting et de la création du spectacle...

Kevin Meunier

Kevin Meunier

Music All : Tu as une très grande maitrise du coaching vocal, de l’anatomie, de la pleine conscience, des thérapies alternatives... D’où t’es venue cette curiosité ? Comment se dirige-t-on vers cette profession ?

 

Kevin Meunier : Je m’ennuie facilement (rires). Je viens d’une famille très éclectique, artistiquement et culturellement. Je me suis naturellement penché sur l’humain, l’anatomie, les neurosciences, mais aussi sur les civilisations anciennes, les traditions, les religions et les langues étrangères.

J’ai eu mes premières expériences artistiques en donnant des cours de chant alors que je n’étais même pas majeur. Mon père voulait que j’enseigne le chant alors que je n’étais même pas prof. J’ai appris avec mon intuition, en laissant venir les choses naturellement et je suis rapidement devenu coach sur des comédies musicales avant de partir enseigner dans d’autres pays.

 

M.A. : Tu as ensuite été membre de l’ensemble du "Bal des Vampires". Finalement pourquoi n’as-tu pas continué la comédie musicale en tant que chanteur ?

 

K.M. : Ça fait toujours beaucoup rire quand j’explique cela, mais j’ai été pris par accident sur le "Bal des Vampires". J’avais auditionné lors des premiers tours ouverts, mais ai renoncé au troisième tour car ils recherchaient un ténor léger. Etant baryton, le projet s’annonçait difficile. Puis, un incident s’est produit quelques semaines avant la première. Le comédien assurant le rôle principal a dû laisser sa place. Un jeu de chaises musicales s’est alors amorcé, les doublures prenant la place des rôles, les swings prenant la place des doublures, bref, toute une restructuration de dernière minute. Le théâtre m’a alors rappelé en me demandant si, malgré tout, je n’étais quand même pas intéressé de jouer dans ce show. J’ai alors accepté et annulé ma tournée au Canada où je devais me rendre pour assurer la promotion de mon dernier livre.

Finalement, ce fut une expérience incroyable, parsemée d’épreuves mais aussi et surtout de rencontres extraordinaires qui ont transformé ma vie. Ça a été l’expérience la plus formatrice de ma vie, c’était vraiment énorme mais je reste tout de même lucide. Je sais chanter, bouger, jouer la comédie, assurer un rôle si on me le demande. Mais si je crois qu’on peut tous faire du piano, on ne deviendra pas tous Mozart. Personnellement, je sais que ma place n’est pas sur scène, elle est derrière, dans l’ombre. C’est là que je peux écrire, composer ou encore coacher les voix d’artistes. C’est pour cela qu’aujourd’hui, cette place exclusivement créative me convient à merveille !

On peut tous faire du piano, on ne deviendra pas tous Mozart.

M.A. : Aujourd’hui, tu es en train d’adapter "Les Liaisons Dangereuses" avec Gregory Garell. Comment t’es-tu dirigé vers de l’adaptation musicale, vers la responsabilité assez folle quand même de créer un spectacle ? Pourquoi choisir ce classique de la littérature française parmi toutes les œuvres existantes ?

 

K.M. : Sur toute ma scolarité chaotique, il y a eu une année où je ne m’en suis pas trop mal sorti (rires). J’étais en seconde au lycée et je suis tombé sur une prof de français qui enseignait pour la première fois. Elle est tombée sur une classe difficile et elle eut l’intelligence de prendre mon caractère différemment parce qu’elle a vu que j’avais du potentiel. Je peux le dire aujourd’hui avec beaucoup de fierté, elle a gardé certains de mes devoirs comme corrigés. On a travaillé toute l’année de façon très efficace et à la fin de l’année elle m’a offert ce livre avec une carte postale à l’intérieur en me disant combien elle avait été heureuse de travailler avec moi. Elle me l’a offert parce que j’en aurais besoin en Littéraire et finalement j’ai lu ce livre pas par envie mais parce qu’il venait d’elle.

 

Je suis tombé amoureux de cette histoire de mensonges, de trahisons et de manipulations, il fallait en faire quelque chose. Théâtralement parlant, ça avait déjà été fait et j’étais déjà dans un contexte musical. Amoureux des comédies musicales, je voulais aller plutôt dans ce sens. Pendant plusieurs années, j’ai donc écrit et composé. Et quand je suis arrivé sur "Le Bal des Vampires" j’ai tout de suite demandé aux filles avec des voix intéressantes de faire des essais sur mes morceaux. Et c’est ainsi que le projet a commencé à prendre vie.

 

La grosse difficulté avec "Les Liaisons Dangereuses", c’était sa forme épistolaire. D’un point de vue spatial, c’est horriblement compliqué de garder du sens et de la fluidité parce que les gens sont dans des endroits très différents et ne discutent qu’en différé. Mais au final, je dois dire que nous avons eu de belles idées qui permettent de passer au-dessus de ces difficultés.

 

M.A. : Peux-tu parler de ta collaboration avec Grégory Garell ?

 

K.M. : Grégory vient d’une formation plutôt classique de son côté mais également assez éclectique. Il joue de beaucoup d’instruments, il a commencé la musique à 3 ans en conservatoire. Il a apporté toute la rigueur du classique et de la composition, j’avais l’écriture et la culture pop. Finalement les choses ont commencé à naître comme ça, je suis devenu plus compositeur à son contact et lui plus auteur. Il a trouvé des tournures de phrase qui m’échappaient et moi des accords qui lui résistaient. Aujourd’hui ça fait deux ans qu’on nourrit le projet en évoluant l’un avec l’autre.

 

De mon côté, ça fait donc quelques 16 années que je pense à adapter cette histoire, j’y travaille depuis longtemps mais je n’aurais jamais pu faire ce bébé seul. Sans Grégory, je n’aurais jamais eu ni la structure, ni la cohérence que réclamait cette pièce.

 

On a écrit 39 morceaux ensemble. Nous avons majoritairement tablé sur des chansons courtes pour avoir une succession de tableaux au service de l’épistolaire plutôt que d’interminables singles qui racontent bien peu de choses, comme on le voit encore trop souvent.

 

Gregory Garell et Kevin Meunier, créateurs du spectacle "Les Liaisons Dangereuses"

Gregory Garell et Kevin Meunier, créateurs du spectacle "Les Liaisons Dangereuses"

M.A. : Comment penses-tu intéresser le public à l’histoire ? C’est un roman classique qu’on associe à nos années lycées, est-ce un défi supplémentaire pour vous ?

 

K.M. : Avec plusieurs clefs. La première c’est l’histoire en elle-même, on pense tout de suite à quelque chose de vieux et ennuyeux alors que, en s’y penchant un peu, on constate que ce roman est un peu le Closer Magazine de l’époque ! C’est une histoire de manipulation, de trahison avec un mélange de sexe, de sarcasme. C’est une histoire fascinante qui n’échappe à personne.

 

Le deuxième point, c’est l’écriture en elle-même. Nous voulions des chansons vraiment narratives qui collent réellement à l’histoire, scène par scène, et ne pas tomber dans le piège des textes trop génériques, trop larges de sens. Nous avons intégré beaucoup d’humour, de sarcasme, d’esprit noir ou de jeux de mots. Il en était de même avec les styles musicaux. Une dispute, un complot ou une chanson d’amour ne réclament pas les mêmes sonorités, les mêmes univers. Il était important pour chaque tableau d’apporter une signature musicale bien définie. D’ailleurs dans la vidéo de notre amie Passions de Vie, on a un extrait de quatre chanteuses autour de micros qui chantent « Les Dessous de Paris », extrait qui se passe dans un bordel parisien, et qui donne le ton du spectacle…


On n’a pas hésité à adopter une écriture populaire, à ne pas fermer les yeux sur le libertinage de l’époque mais, au contraire, à le mettre en lumière, à en parler franchement, sans barrière, parfois avec un langage cru et osé. Clairement, ce ne sera pas un spectacle pour enfants (rires).

 

Et enfin, il y a la création visuelle. On a gardé le contexte classique et le vocabulaire de l’époque, mais pour le visuel (maquillage, perruques, costumes…) nous imaginons un univers plus déstructuré. Nous sommes partis sur des bases de costumes traditionnels mais qui ont été modifiés pour aller jusqu’à la limite du punk ou du steampunk. C’est un style original pour ce genre de spectacle et qui jongle entre le moderne, XVIIIe siècle et futurisme.

 

M.A. : On l’a vu dans le teaser, vous nous avez vendu un casting de rêve (Bastien Jaquemart, Marie Glorieux, Sophie Delmas, Candice Parise). Est-il définitif ? Comment arrive-t-on à accrocher des grands noms dès les balbutiements d’un spectacle ?

 

K.M : Tout le monde est épouvantablement débordé mais on avait vraiment besoin d’eux (rires). Vocalement, ce sont des morceaux très difficiles qui demandent des tessitures très larges. Gregory, qui vient du classique, a fait de l’orfèvrerie musicale : on a des morceaux aussi exigeants que des airs d’opéra. Quand on a contacté les chanteurs, ils étaient tous très pris mais les morceaux leur ont tellement plu qu’ils ont tous trouvé du temps pour ne pas passer à côté de nos propositions. On a enregistré à toute heure du jour et de la nuit, ça a été un enfer pour nos oreillers ! (rires) Au niveau du timing ça a été un peu compliqué mais on a réussi.

 

Au début on a fait venir des copains mais au fil du temps, on a réussi à affiner nos recherches, on a cherché les personnages derrière les voix et les morceaux se sont construits comme ça. On a une trentaine d’artistes qui sont passés enregistrer et ça nous a permis de peaufiner nos chansons.

 

Pour l’instant, notre cast est un cast voix, mais on a déjà nos idées et certains personnages sont écrits spécifiquement pour certains de ces artistes.

 

L’avantage que peut avoir "Les Liaisons Dangereuses" c’est ce petit quelque chose de terriblement moderne dans le fond, et même de délicieusement malsain.

M.A. : Est-ce facile de travailler en binôme avec quelqu’un au quotidien ?

 

K.M. : C’est du sport ! On a eu des créneaux très différents, il partait travailler en Belgique ou au Luxembourg, on travaillait avec des tablettes et des portables, il jouait du piano et je chantais. Et quand on a travaillé ensemble j’ai dû me « classiciser » et lui se « popiser », on a tous les deux dû apprendre l’un de l’autre. Aujourd’hui, la richesse du spectacle c’est le parfait mélange du moderne et de la subtilité classique. On a été dans un mode obsessionnel pendant longtemps, on se couchait avec les chansons, je me relevais à 5h du matin parce que j’avais une idée. Entre deux cours ou dans le RER, on s’appelait pour se donner des idées.
On n’a pas dormi et pas eu de vie sociale pendant des mois, ça a été très éprouvant nerveusement mais aujourd’hui, le résultat est là. On a relevé des défis dans l’écriture et on en est très fiers.

 

M.A. : Avez-vous pensé, Grégory ou toi, à vous lancer dans l’aventure en tant qu’interprètes également ?

 

K.M. : Nous avons choisi de rester à notre place de créateurs pour faire les choses le mieux possible. Difficile d’être juge et parti et, si nous voulons faire correctement notre travail, nous avons besoin de recul. Pas d’être sur scène. Personnellement, je suis un homme de l’ombre donc cela me convient très bien. Pour Grégory, c’est un peu différent car c’est un véritable artiste scénique (danse, chant, comédie…) mais pour "Les Liaisons Dangereuses", il prend pleinement son rôle de compositeur sans compromission.

 

M.A. : Est-ce que tu sais déjà quel avenir tu souhaites à ton spectacle ? Une date de début de répétitions ? Une date de sortie ? Un théâtre particulier ?

 

K.M. : Tous les éléments se sont mis en place très vite, la quasi-totalité du spectacle s’est façonnée en 6 mois avec de fabuleux artistes. Tout arrive d’un seul coup mais on ne peut donner de délais précis. Par contre, le mieux qu’on puisse nous souhaiter c’est de ne pas rester uniquement sur Paris mais de tourner un peu partout dans le monde.

Il n’y a pas de recette magique pour réussir.

M.A. : Comment réagit-on en découvrant un spectacle sur le même thème ? Est-ce que ça change des choses dans le projet ?

 

K.M. : Nous avons entendu parler de l’autre projet qui serait en cours d’écriture. Et c’est amusant parce que c’est une histoire qui est arrivée au moment de la sortie des films "Les Liaisons Dangereuses" et "Valmont". Les deux ont vu le jour en même temps et ont chacun trouvé leur public. Et en même temps, cela nous confirme le potentiel extraordinaire de cette histoire hors du commun ! Mais en ce qui nous concerne, seul notre projet nous occupe.

 

M.A. : Il y a une flopée de comédies musicales qui sortent en ce moment et toutes ne vont pas au bout de leurs ambitions (annulation de tournées et de prolongations), est-ce que vous arrivez quand même à vous lancer sereinement dans l’aventure ?

 

K.M. : Il n’y a pas de recette magique pour réussir. Ce qui compte, c’est d’avoir un projet fort.

 

Il y a des spectacles qui marchent très bien alors que les retours du public ne sont pas incroyables et, à l’inverse, il y a des projets qui s’arrêtent brusquement alors que la critique est bonne. Pourtant, ce n’est pas une raison suffisante de s’inquiéter, sinon plus aucun projet musical ne pourrait voir le jour. Lancer un processus créatif en ayant la boule au ventre, très peu pour nous. Nous préférons donner vie sereinement à notre beau bébé et arrivera ce qu’il arrivera.

 

L’avantage que peut avoir "Les Liaisons Dangereuses" c’est ce petit quelque chose de terriblement moderne dans le fond, et même de délicieusement malsain. De nos jours, nous évoluons dans une société de perversion et de voyeurisme. Les gens sont tagués sur les réseaux sociaux sans même le savoir, les secrets se révèlent, nos téléphones nous pistent. On baigne donc dans un monde curieux et vicieux au quotidien. « Les Liaisons Dangereuses » apparaissent alors un peu comme une cure. On l’apporte comme une catharsis aux gens.

 

M.A. : C’est la question rituelle de Music All : As-tu déjà des anecdotes dont tu puisses nous faire part pendant les enregistrements ou pendant le processus de création ?

 

K.M. : Eh bien je dois dire que si je suis ravi aujourd’hui de ma collaboration avec Grégory, ce n’était pas gagné d’avance ! En effet, au début, Grégory ne voulait absolument pas travailler sur ce projet. C’était facilement compréhensible, étant occupé à travailler énormément et devant partir pour des tournées ici et là, en France et à l’étranger, ça ne s’annonçait pas des plus évidents. Pourtant, avec patience, j’ai commencé à lui proposer de mettre en musique certains de mes textes qui n’étaient pas issus du spectacle, mais simplement des chansons sur lesquelles je travaillais en dilettante. L’air de rien, je lui ai glissé une chanson, puis deux… puis à la troisième, ce furent les paroles d’une des chansons du spectacle, mais sans le lui dire. Et là, révélation. Il a tellement aimé le texte qu’après avoir composé la musique de celle-ci, il en demanda d’autres. Je lui ai alors confié que c’était une des chansons du spectacle. Evidemment, par simple curiosité (!) il accepta de lire d’autres textes… mais il était entendu qu’il ne voulait toujours pas travailler sur ce projet… Et au final, presque 40 chansons plus tard, je crois qu’il est convaincu ! (rires)

Les liens Facebook utiles: Kevin Meunier
                                              Gregory Garell

                                              Les Liaisons Dangereuses 

 

Propos recueillis par Gaëlle & Célia 

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